Un laboratoire collaboratif

Pendant longtemps, nous avons tenté de tordre le coup au lexique pour ne pas juxtaposer les termes résistance et collaboration. Mais aujourd’hui, il faut bien admettre que la démarche collaborative fonde notre action au quotidien, nous sommes passés au XXIème siècle !

Depuis sa création, Résistances est un festival de films et d’idées. Nous relayons, à partir du cinéma, un regard critique mais également d’autres pistes d’organisation de la société. Que ce soit sur le plan politique, économique, social ou culturel, nous mettons en avant des utopies qui peuvent parfois devenir consensuelles : Ainsi à la fin des années 90, l’écologie ou aujourd’hui le revenu minimum pour tous. Notre collectif aspire à un monde plus juste, plus égalitaire qui favorise l’implication et l’épanouissement de chacun.
Cette vision de la société n’est pas nouvelle, elle trouve ses racines dans plusieurs mouvements idéologiques dont le mouvement de 68 qui a amené en Ariège de nombreuses communautés. Le festival Résistances vient de là.

Pourtant, malgré l’émergence au sein de la population même de courants prônant une société non hiérarchique et non concurrentielle, la fin du XXème siècle a vu fleurir un libéralisme des plus agressifs. Et ceux là même qui prônaient de grandes idées, s’enfermaient dans des fonctionnements rétrogrades.

Au festival, nous sommes convaincus qu’il n’y aura pas de nouveaux changements de société, de transitions écologiques et économiques sans une modification radicale de nos modes de fonctionnement. Nous tentons une expérience de micro-société au sein de l’association Regard Nomade, la mise en place de méthodes collaboratives, participatives dans un projet de démocratisation culturelle.

Cette année, le collectif est composé de 39 membres dont 8 nouveaux, des bénévoles, programmateurs du festival, qui décident du cœur du projet, en plus de donner le coup de main. Un Conseil d’Administration collégial remplace ‟l’habituelle hiérarchie présidentielle”, 4 personnes qui sont avant tout là pour soutenir l’équipe salariée, et favoriser l’expression collective. Bien entendu comme avec toute matière humaine, le Putain de Facteur Humain cher à nos amis réalisateurs de la Direction Humaine des Ressources, le maintien d’un tel projet nécessite une vigilance permanente. La tentation même inconsciente, semble toujours tapie en chacun de nous, de s’affronter aux autres ou d’utiliser le projet collectif à des fins personnelles. Néanmoins il est possible de maintenir le cap collectivement en affirmant haut et fort cet engagement collectif, en faisant preuve de pragmatisme et de méthodologie dans sa mise en œuvre et en ouvrant à une collaboration à plusieurs niveaux.

Entre individus bien entendu mais également entre structures. Le festival ne peut continuer à exister depuis 2007 avec un budget réduit que grâce à une coopération passant par de multiples échanges de services et mises à disposition de matériel ou de temps de travail avec des association ariégeoises, toulousaines ou d’ailleurs, mais aussi avec des institutions.

Cet esprit collaboratif était rare il y a encore 10 ans sur notre territoire au sein même du mouvement associatif. Aujourd’hui nous savons après plusieurs années d’expériences que si on le souhaite, l’échange peut profiter à tous et enrichir chacun des avancées de l’autre. Une civilisation du partage est annoncée par certains, nous l’appelons de nos vœux !

Cette expérience d’organisation de la réflexion collective, nous la mettons au service de la démocratisation culturelle. L’association Regard Nomade mène ainsi de nombreux ateliers de programmation sur l’année. Enfants, adolescents, personnes en situation de difficultés sociales ou de handicaps, détenus, rencontrent ainsi ce cinéma qui ouvre à la conscience du monde. C’est aussi l’occasion d’acquérir des outils d’analyse d’image, de décryptage d’un film ou d’un média, essentiel pour développer un regard critique et être en mesure de formuler des propositions.

Dans ce XXIème siècle de l’internet et du multi-média, chacun d’entre nous, se doit d’interagir avec l’organisation sociale dont il fait parti. L’enjeu en est alors la démocratie.